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Malgré les attaches profondes qui le liaient à sa vieille terre du Périgord, Guy de Larigaudie avait incontestablement la vocation de l’aventure. Une vocation réelle, faite de résolution et d’enthousiasme et qui, dépassant puissamment le rêve de tant de jeunes garçons, devait bientôt s’affirmer avec un éclat incomparable. Guy de Larigaudie est né à Paris, le 18 janvier 1908, mais il passa une grande partie de son enfance dans la vieille demeure familiale des Gérauds, dans le Périgord. Il fit tout d’abord ses études à l’Ecole de Rocroy Saint-Léon à Paris, puis à partir de la classe de troisième, au Collège de la rue de Madrid où il conquit le baccalauréat. Après quelques études de droit et plusieurs mois de séminaire en 1926, il publie ses premiers contes. L’aventure le rattrape lorsqu’en 1934, Guy rejoint la délégation française invitée au Jamboree scout de Frankston, en Australie. Il embarque à Toulon à l’âge de 26 ans sur l’Oronsay, un liner de classe, avec une vingtaine de camarades scouts : Port-Saïd, le canal de Suez, Aden, Colombo, … Sydney ; puis le retour via la Nouvelle-Calédonie, Tahiti, Panama, les Antilles… Dès 1935, il s’embarque sur le paquebot Normandie à destination des Etats-Unis, un pays qu’il traversera par trois voies principales : la route d’est en ouest, de New-York vers Los Angeles; la route des Bois Rouges le long des côtes du Pacifique ; la route du Nord, par la grande Prairie, Minneapolis, Detroit jusqu’à Québec. Entre-temps, dès San Francisco, il fera un voyage dans les îles du Pacifique en 1936. Dans chacune des contrées traversées, Larigaudie y évoluera avec son humeur joyeuse que stimule encore l’attrait du nouveau ; émerveillement, admiration qui ne s’appliquera pas toutefois sans son discernement habituel. En 1937, accompagné de Roger Drapier, Guy de Larigaudie se lance dans la première liaison automobile Paris-Saïgon, au volant d’une vieille Ford 19 CV 4 cylindres qui affichait déjà 70.000 km, et baptisée Jeannette. Après Genève, Vienne, Budapest, Belgrade, Sofia, ils abordèrent la Terre Sainte puis traversèrent l’Afghanistan et l’Inde avant de se lancer réellement dans l’inconnu, faute de renseignements ou de cartes précises et surtout aux abords de régions accidentées difficiles d’accès. A Saïgon enfin, en 1938, une étonnante fête scoute se déroula dans l’enceinte du grand stade en leur honneur. Mobilisé en septembre 1939, Larigaudie rejoignit le dépôt du 11ème Cuirassiers, avant d’être affecté, sur sa demande, à un groupe de reconnaissance monté. Le 11 mai 1940, lors d’un combat rapproché avec les armées allemandes dans la région de Virton, en Belgique, Guy de Larigaudie tomba mortellement frappé. " J’aurai vécu les dernières vibrations d’un rythme de vie bousculé maintenant par une civilisation différente ". Ainsi, incapable d’entreprendre à demi autant que comblé de grâces, il aura eu le privilège de réaliser pleinement cet idéal scout " d’unir tout l’humain au divin, de s’emparer de la création en esprit de gratitude, d’entraîner dans son ascension vers Dieu sa vie humaine tout entière ". Au point que sa passion de l’aventure apparaîtra comme un corollaire de cette vocation première et comme exclusive qui était celle de son amour de Dieu. Un routier de légende Guy de Larigaudie, qui avait vécu ses années d’enfance au contact de la nature et de la vie rurale du Périgord, entra dans le scoutisme à la troupe Saint Augustin 12ème Paris en octobre 1923, à l’âge de 14 ans. Il fit sa promesse dans une clairière de forêt d’Ile-de-France six mois plus tard. Revenu du service militaire en 1933, il devint chef de troupe et passa ses dimanches à organiser des grands jeux dans les bois de Verrières. Larigaudie aimait ses gars bruyants et exigeants. Il pensait chaque jour à ses chefs de patrouille ou à tel garçon en difficulté. Il priait pour eux à la messe matinale. Le 24 décembre 1934, après avoir offert avec son clan un jeu dramatique et une veillée suivis de la messe de minuit aux habitants de Larchant, il devait faire son départ et renouveler sa promesse scoute. Recevant les insignes du routier, nœud d’épaule jaune, vert et rouge symbolisant les trois étapes du scoutisme, il entendit les paroles du cérémonial qui devaient devenir pour lui l’aboutissement de sa vie : "Rouge, couleur du sang versé et du dévouement, les deux seules choses dont tu ne dois pas être économe, pour te rappeler, à l’exemple de tes frères aînés tombés aux carrefours des voies sacrées de France et de Palestine, qu’un routier qui ne sait pas mourir n’est bon à rien ". Parlant du scoutisme auquel il pensa jusqu’au bout, il en disait : "J’avais rêvé de devenir un saint et d’être un modèle pour les louveteaux, les scouts et les routiers. L’ambition était peut-être trop grande pour ma taille, mais c’était mon rêve ". |